
Récemment, j'ai trouvé par hasard dans le garage d'une pote une platine vynil sony pleine de poussière. Visiblement, les proprios pensaient qu'elle était foutue car une fois branchée à leur ampli, elle ne balancer pas de son.
Ma génération qui n'a connu que le déclin du vynil alors que nous n'avions que trois-quatre ans ne sait pas qu'une platine vynil a besoin d'un pré-amplificateur car le signal émit par cette dernière est très faible...
Remplacé par le compact disque dès 1982 puis par le MP3 dans les années 2000, je pensais que les « disques noirs » n'étaient qu'un objet devenu culte pour quelques collectionneurs passionnés ou bien torturé sur les platines des DJ. Pour dire, la dernière fois que j'avais vu des vynils, c'était à emmaus ou j'avais récupéré des albums de brassens, bob marley et pink floyd pour....6€ le tout!!
Quelques mois après avoir trouvé cette platine, je pars à la recherche de quelque chose a me mettre dans les oreilles.
Et là surprise. Pas forcément besoin d'aller sur ebay pour choper des vieux vynils car on trouve, neuf et au prix d'un CD, les grands classique du rock, de la soul, de la pop, du reggae, de l'électro et du hip hop
Encore mieux: un paquet de labels de notre époque macabre éditent leurs poulains sur ces gros disques noirs. Cat Power? Bon Iver? Le dernier Portishead? Massive attack? Emily Loizeau? Andrew Bird? Okkervil river?......pas de problème pour les trouver. Exception faite de la nouvelle chanson francaise, de la world et du jazz contemporain ou quasi aucun vynil n'est pressé, toute la palette de la musique est a peu près représenté.
Moi qui penser que la production de ce support musical s'était largement arrêter mise à part pour le hip hop et l'éléctro!
Mais alors, à l'heure du mp3, qu'est-ce que ce truc ringards a tant d'attirant? Pourquoi les éditeurs se risquent-ils (d'ailleurs est-ce un risque justement?) a presser des vynils? A priori, la filière musical ne fait rien au hasard et il doit donc y avoir un déboucher commercial, donc des nostalgiques de l'objet, du son qu'il produit et du rituel a accomplir afin d'écouter les premiers craquements de son disque préféré.
Je rencontre à Grenoble deux Dj’s genevois. Rapidement, ces deux amoureux de la musique me sortent leur caissette blindé de 33T et commence a me raconter l'histoire de chacune des galettes pour finalement m'annoncer d'un air grave la nouvelle tendance des DJ: l'abandon progressif des platines vynil vers les platines numériques, donc pour leur milieu, la mort supposée du fameux support.
Cette nouvelle me fait sourire puisque ce changement arrive au moment ou les ventes grand public augmente de 10 à 15% suivent le pays. D'après le responsable d'une boutique spécialisé dans la vente de vynil à Chambéry, on en arrive au point ou certains labels n'arrivent plus a répondre à la demande des nouveaux albums! C'est visiblement le cas chez Fargo records (Andrew bird, Alela diane..) mais aussi chez Matador (cat power) ou chez certains labels de soul music.
En allant sur les sites tels que Fnac.com ou amazon.fr, on se rend rapidement compte que finalement, le vynil existe encore bel et bien puisque sur ces deux sites, il existe des sections vynils ou l'on compte, pour amazon.fr, exactement 231 744 titres!!! (mai 2008). Pour exemple, les ventes du dernier album de portishead, third, cartonne chez ces sites . Des coffrets vynils a 70€ de ce dernier se vendent comme des petits pains (!!!). La meilleure vente depuis quelques années? Abbey road des beatles! A regarder de plus près le style de musique acheté, on peut se faire une idée du type de mélomane qui vient fouiller ces pages web.
Lorque l'on rencontre un amoureux du 33T ou du 45T, deux arguments reviennent régulièrement: d'abord, le vynil est synonyme d'authenticité et de pureté du son à partir du moment ou l'on possède un bon matériel hi-fi. C'est vrai et faux. Faux physiquement si on parle en fréquence audio. Vrai en pratique car un vynil restitue un son différent (meilleur dynamique, pas « d'écrasement » des aigus, meilleurs restitution des basses...) souvent qualifié de plus chaud. Le CD et encore plus le MP3 restitue un son échantillonné, compressé. En pratique, un puriste entendra la différence entre le cd et le vynil. Pour l'individu lambda, l'exercice est difficile. Par contre, le fossé devient flagrant lorsque l'on compare l'écoute d'un même morceau en MP3 et en Vynil.
Ensuite,le choix du vynil semble ostensiblement répondre à une attente en matière d'esthétique et d'éthique: une pochette de 33T par exemple, c'est « très beau, un véritable objet d'art. Lorque l'on tient le vynil de notre groupe préféré entre nos bras, y'a pas photo, c'est pas pareil qu'avoir 300 albums dans sa poches sur son Ipod! »; Nombreux sont les consommateurs de vynils qui consomment aussi du mp3 mais justement; cela a semble-t-il renforcer « l'amour de l'objet. Toucher un vynil, le sortir de sa pochette, poser le diamant dessus...tout cela a du charme. Puis, le vynil rappelle la simplicité, c'est à dire que l'on a pas forcément besoin d'avoir tout un stocke musique sur soi, que la musique est un art qui s'apprécie calmement aussi et a petite dose et pas toute la journée, quand on veut, dans le métro, la rue...aujourd'hui, combien de gens ont 30 gigas de musique sur leur pc...sans en en avoir écouter la moitié! ». S'exclame un collectionneur.
A force de discuter du vynil avec différente personnes, je me rend compte que ce bon vieux disque à microsillons pourrait peut être bien répondre aux questions soulevées par la dématérialisation de la musique.
Le vynil est né en 1946 à travers la firme Columbia records. Plus de 60 ans après, j'en suis a me demandé si la technologie réussira a entérée ce disque noir. Je ne l'espère pas car en regardant de plus près, les personnes qui écoutent des vynils sont plus mélomanes que simples consommateurs. A les entendre, on se rend compte effectivement, il y a peut être quelque chose de plus simple et humain dans cet objet plutôt que dans un fichier virtuel. Mais vous me direz: l'essentiel, c'est ce la musique, ce n'est que le son, ce truc impalpable qui nous fait des frissons dans le dos, qui crée une confusion de sentiment dans notre tête.... Et vous aurez raison.


